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Discours de Martin Ackermann au point de presse, 29 décembre 2020

TRADUCTION DU DISCOURS PRONONCÉ EN ALLEMAND – SEULES LES PAROLES PRONONCÉES FONT FOI

Mesdames et Messieurs

Vous avez vu les chiffres actuels. D’un point de vue scientifique, il ne s’agit que d’un instantané. Ils doivent être interprétés avec une extrême prudence. Même si le nombre de cas et la valeur de R ont maintenant légèrement diminué pendant les vacances, la Task Force tient à souligner sans équivoque que le nombre de nouvelles infections est encore beaucoup trop élevé.

En Suisse, plus de 80 personnes en moyenne meurent chaque jour, ce qui place la Suisse au triste septième rang mondial en termes de décès pour 100 000 habitants.

La situation dans les hôpitaux suisses est toujours très tendue ; nous sommes et restons dans une zone à risque dangereuse. D’autres facteurs aggravants peuvent venir s’y ajouter à tout moment.

Les nouvelles variantes, plus infectieuses, constituent un exemple de facteur aggravant. 

La semaine dernière, deux variantes – l’une de Grande-Bretagne et l’autre d’Afrique du Sud – ont été détectées en Suisse. D’une part, des tests ciblés ont été effectués sur des personnes se trouvant dans l’entourage de personnes entrant en Suisse en provenance de Grande-Bretagne. D’autre part, l’ETH Zurich a séquencé plusieurs centaines d’échantillons dans le cadre d’un projet de recherche. La variante sud-africaine a également été découverte dans ces échantillons. Sur la base de ces échantillons, nous supposons que le nombre d’infections par la nouvelle variante est actuellement inférieur à un pour cent.

Six cas confirmés et moins d’un pour cent des nouvelles infections avec les nouvelles variantes – cela ne semble pas beaucoup.

Cependant, un coup d’œil à Londres – qui est particulièrement touchée – montre avec quelle vitesse les nouvelles variantes peuvent se répandre. Le Royaume-Uni a informé l’OMS de cette nouvelle variante à la mi-décembre, et aujourd’hui elle a déjà été détectée dans une grande partie des nouvelles infections dans la région londonienne.

Mesdames et Messieurs, nous le savons tous : plus d’infections signifie aussi toujours plus d’hospitalisations et plus de décès.

À Londres, les hospitalisations ont doublé entre le 16 et le 22 décembre, c’est-à-dire en seulement une semaine. Contrairement aux mesures dont on ne voit toujours les effets qu’après un certain délai, donc, cette nouvelle variante a un impact rapide et immédiat sur l’incidence des infections.

Les experts britanniques estiment que la nouvelle variante est environ 40 à 70 % plus infectieuse que les souches précédentes du SRAS-CoV-2.

Que cela signifie-t-il concrètement ?

La Task Force a modélisé des scénarios. Ceux-ci sont – et je tiens à le souligner ici – plein d’incertitudes, et très simplifiés.

Nous considérons cependant qu’il est du devoir de la science de prévoir et d’avertir, lorsque nous voyons qu’une nouvelle situation de départ pourrait aggraver la situation en Suisse.

Pour modéliser ces scenarios, nous avons supposé le nombre actuel d’environ 4 000 cas confirmés par jour au début du mois de janvier, et nous avons supposé que ni mesures de confinement ni le comportement de la population ne changeraient de manière significative au cours de cette période.

Sur la première diapositive, vous pouvez voir comment le nombre de cas évoluerait sans les nouvelles variantes.

– La courbe orange correspondrait à une réduction de moitié environ toutes les 4 semaines, soit une valeur R de 0,9.

– La courbe bleue correspondrait à une réduction de moitié environ toutes les deux semaines, soit une valeur R de 0,8.

Je parle ici délibérément au conditionnel, car les variantes ont en fait déjà été prouvées en Suisse.

Dans ce graphique, vous pouvez voir comment les deux courbes pourraient se développer avec la nouvelle variante.

Dans ce scénario, nous avons supposé que ces variantes ont un taux d’infectivité accru de 50 % – nous avons donc pris une valeur moyenne. En outre, nous avons supposé que la proportion des nouvelles variantes est de 1 % de toutes les infections au début.

Dans le premier scénario, la courbe orange diminue d’abord légèrement, mais augmente ensuite rapidement à mesure que la proportion de variantes plus infectieuses augmente avec le temps.

Dans le deuxième scénario, nous avons une position de départ plus favorable si nous parvenons à faire baisser rapidement le nombre d’infections. Ici, nous parvenons à maintenir la courbe bleue plus plate, mais même dans ce scénario elle remonte au printemps.

 

Cette augmentation peut être évitée si nous pouvons prévenir environ un tiers des infections par la nouvelle variante grâce à des tests intensifs et à une recherche intensive des contacts – ici la ligne bleue en pointillés.

J’y reviendrai plus tard.

La diffusion des variantes doit donc en toutes circonstances être empêchée, ou du moins retardée autant que possible. D’un point de vue scientifique, deux éléments sont essentiels à cet égard :

Tout d'abord, moins il y a de nouvelles infections, mieux c'est

Cela signifie que non seulement ces variantes se répandent plus lentement, mais aussi que le risque d’autres nouvelles variantes est réduit. Un nombre faible de cas est crucial pour tous les domaines. Pour les soins de santé, la société, et l’économie. Avec ces variantes plus contagieuses, la situation s’aggrave encore et – je me répète ici – le nombre actuel de cas en Suisse est tout simplement trop élevé.

La Task Force maintient donc sa recommandation urgente de viser une réduction de moitié du nombre d’infections toutes les deux semaines, et de faire tout notre possible pour que cet objectif soit atteint. La courbe bleue montre clairement le scénario le plus favorable – et la différence est frappante.

Deuxièmement, les variantes doivent être contenues rapidement et de manière ciblée.

Deux facteurs jouent ici un rôle clé : d’une part, plus de tests devraient être réalisés en Suisse. Nous considérons également qu’il serait utile de réaliser des tests à plus larges échelle dans les régions où ces variantes pourraient être particulièrement courantes.  

Il vaut également la peine d’investir des moyens particuliers dans le traçage des contacts pour les personnes ayant contracté les nouvelles variantes. Il y a en effet aussi beaucoup à gagner dans ce domaine.

 

La Task Force serait très heureuse de voir, dans ces cas, un traçage des contacts remontant systématiquement à la source de l’infection, c’est-à-dire à l’endroit où une personne a été infectée. Bien que plus coûteux, ce type de traçage rétrospectif des contacts nous permet d’identifier les clusters possibles et d’arrêter plus tôt les chaînes d’infection.

Mesdames et Messieurs, la vaccination a commencé en Suisse et c’est une raison d’espérer. Des variantes du virus seront présentes dans les mois à venir et nous devons nous y préparer au mieux.

Il y a deux choses que nous pouvons faire activement :

Il est remarquable que les universités et les hautes écoles, les laboratoires académiques, aient accepté à court terme de séquencer davantage d’échantillons afin de trouver les variantes et les personnes infectées par ces variantes.

Toutefois, d’un point de vue scientifique, il serait utile que la Suisse intensifie ses efforts en matière de séquençage et mette à disposition davantage de ressources et de fonds. Cela nous donnerait une meilleure vue d’ensemble de la situation de ces infections et nous permettrait de réagir plus rapidement.

Mesdames et Messieurs – nous devons sortir de la zone à risque et disposer d’une sorte de réserve de sécurité au cas où d’autres facteurs aggravants surviendraient.

Or, justement dans notre situation actuelle, avec un nombre de cas élevés et en même temps la perspective d’une fin de cette pandémie, il vaut encore davantage la peine d’investir une fois de plus de manière importante pour que le nombre de cas diminue et que les hospitalisations et les décès se trouvent réduits.